“Papa, mon petit papa, pitié !”

La petite histoire qui suit semble contemporaine, écrite par Dostoïevski, elle nous révèle que ces violences sur enfants se répètent de siècle en siècle. Tandis qu’aujourd’hui la presse publie presque en continu  faits divers,  actes de guerre, trafic d’enfant ; que devons-nous faire, écrire, publier.           Il est pourtant nécessaire de continuer face à une telle concordance d’acte de souffrance envers l’enfance !?

« Un monsieur cultivé et sa femme prennent plaisir à fustiger leur fillette de sept ans. Et le papa est heureux que les verges aient des épines. “Cela lui fera plus mal”, dit-il. Il y a des êtres qui s’excitent à chaque coup, jusqu’au sadisme, progressivement. On bat l’enfant une minute, puis cinq, puis dix, toujours plus fort. Elle crie ; enfin, à bout de forces, elle suffoque : “Papa, mon petit papa, pitié !” L’affaire devient scandaleuse et va jusqu’au tribunal. On prend un avocat. Il y a longtemps que le peuple russe appelle l’avocat “une conscience à louer”. Le défenseur plaide pour son client : “L’affaire est simple ; c’est une scène de famille, comme on en voit tant. Un père a fouetté sa fille, c’est une honte de le poursuivre !” » Le jury est convaincu, il se retire et rapporte un verdict négatif. Le public exulte de voir acquitter ce bourreau. Hélas ! je n’assistais pas à l’audience. J’aurais proposé de fonder une bourse en l’honneur de ce bon père de famille !… Voilà un joli tableau !

Extrait « Les Frères Karamazov » — CH-IV. La révolte — Dostoïevski

 

 « Dostoïevski  n’a rien inventé »

Dostoïevski qui avait l’habitude de consigner les cruautés commises sur des enfants. Il n’a rien inventé. « Tous les faits cités par mon héros sont des faits authentiques, dit-il. Toutes ces horreurs ont été vécues, elles ont été publiées dans la presse, je puis donner mes références. » Et d’ajouter : Ivan « a choisi, à mon avis, un thème irréfutable » (lettre du 10 mai 1879, citée par Nina Gourfinkel, Dostoïevski, notre contemporain, Paris, Calmann-Lévy, 1961, p. 264). Mais si l’écrivain était prêt à mettre sous les yeux de ses lecteurs les pages de faits divers des journaux russes, je n’avais, moi, qu’à rappeler l’horreur très proche et très présente : la souffrance des enfants concentrationnaires et Auschwitz… On était là devant l’incontestable, et nul ne contesta.

Extrait : vivre et philosopher — Marcel Conche

 

« Les Frères Karamazov »

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Traduit du russe par Henri Mongault

CH-IV. La révolte

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Fr%C3%A8res_Karamazov_ (trad._Henri_Mongault)/V/04

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